Que dire ?

Je continue à suivre les PMEttes tous les jours, mais je n’arrive pas à écrire.
Je n’en ressens pas le besoin, et puis, je ne me sens pas légitime ici. Moi qui n’ai pas vraiment galéré, mais juste attendu 1 an et demi; pour finalement ouvrir un blog et découvrir une semaine plus tard que j’étais enceinte.

Au 1er trimestre, j’ai continué de vomir, et d’avoir des nausées. J’ai donc perdu 7kg en 2 mois; inutile de dire que je flottais dans mes pantalons et que je ne ressemblais pas à grand chose.
L’écho T1 était normale, ça m’a rassuré. Et vers 14SA, l’appétit est revenu; oh joie et bonheur !

J’ai commencé à sentir l’asticot assez tôt, vers 15 SA, des bulles, des mouvements, et puis des coups.
Zen à l’extérieur, mais stressée à l’intérieur, angoissée tant que la 2ème écho n’avait pas eu lieu; et s’il y avait une malformation ? et si il manquait du liquide ? et si, et si ?
L’écho T2 était normale. On a décidé de garder la surprise du sexe; du coup l’Amoureux a bien fait comprendre à tout le monde que ON NE VOULAIT PAS SAVOIR; même la secrétaire qui te fait juste les étiquettes était donc au courant.

Rassurée, mon ventre a donc décidé de sortir vraiment; je vais donc pouvoir faire ma pétasse à la caisse prioritaire.
Pour le reste, on a absolument rien acheté, ni rien préparé. La future chambre est toujours un bureau, ma belle-mère nous offre la poussette mais je n’ai rien regardé comme marque ni quoi-que-ce-soit, quant aux prénoms, on a jusqu’à l’accouchement quoi.

Voilà. Je vais bien; l’asticot bouge à fond, j’ai toujours mes périodes de stress mais j’essaye de relativiser.
Sinon, je n’ai pas de douleurs ligamentaires, pas de reflux, pas de mal de dos ou autres joyeusetés; mon seul problème est que je suis en train de devenir une taupe; ma vue a bien baissé; et si elle pouvait se stabiliser pour les 3 prochains mois, ce serait sympathique !

Les SA

Alors voilà.
Je sais pas trop quoi te dire ni te raconter, ni par où commencer mais bon.

Après ma prise de sang à 3 chiffres, je ne l’ai dit qu’à 2 personnes.
Bon, et puis j’ai été obligé de le dire à ma prof de musique, pour lui expliquer que comme la cuvette des toilettes m’attirait plus que mon instrument, j’avais du mal à avancer mes partoches comme il se doit.

J’avais pas de symptômes, à part mes gros seins, et ça me stressait. Mais j’ai tenu bon, je n’ai pas refait de prise de sang.
Puis les nausées sont arrivées, discrètes. Puis plus discrètes du tout.
L’Amoureux a bien compris que ça n’allait pas DU TOUT quand je n’ai pas touché à ses pâtes carbo maison, et que j’ai arrêté de penser à la bouffe plus de 24 heures d’affilées. (D’habitude, je suis du genre à me demander ce que je vais manger le soir alors que j’ai pas fini de déjeuner!)

Grâce au Donormyl, ça va. Enfin, comme j’aime pas trop les médocs, j’ai voulu essayer d’arrêter, j’ai fini la tête au dessus de la cuvette, hop, retour à mon petit comprimé. Enfin bon, je mange surtout des pomm’potes et une tranche de pain de mie, c’est pas glorieux.

Vendredi, j’avais donc mon rendez-vous d’échographie. L’Amoureux, pas stressé du tout, est rentré tranquille  la maison 15 minutes avant l’heure dite, et il avait OUBLIE ! (Bon, à sa décharge il avait une matinée vraiment remplie, avec des trucs vraiment important). Bref, je l’ai même pas laissé sortir de sa voiture qu’on est reparti illico. L’échographie a duré 5 minutes (plus les 10 minutes d’attente dans la salle en culotte), ouf, yen a qu’un ! Et le coeur bat, et il fait une taille normale (14 mm quoi).

J’ai été rassurée 10 minutes. Et puis je psychote, et le cordon, il avait une taille bizarre, j’avais jamais vu que c’était comme ça sur les échos que je faisais. Et puis, le coeur il battait pas vite en fait, si?

Bref, j’essaye de faire taire cette petite voix, mais vraiment, c’est dure.

Puis on est parti en week-end familial. Et là, devoir faire comme d’habitude, c’était vraiment difficile. Mais hors de question de le dire à ma mère ou mes frères et soeurs, vraiment. Moi qui mange comme 2 et boit comme 4 en temps normal, ça a été limite, mais je crois qu’on s’en est sorti. (L’Amoureux nettement moins, car 2 fois plus alcoolisé, mais bon!)

Ce matin, mon premier rendez-vous avec la sage-femme, qui m’a demandé si on faisait la déclaration de grossesse maintenant. J’ai dis non, vraiment, on va attendre le 7 janvier et l’écho T1.
Sinon, elle est sympa, mais bon, je ne me sens pas vraiment légitime ni enceinte donc pour l’instant ces 45 minutes passées avec elle m’ont semblé assez irréalistes. Le seul truc que j’ai retenu, c’est que j’ai perdu 4kg, mais ça, mes pantalons m’avaient déjà fait la remarque.

En gros, ça va. La semaine dernière je disais, je vais pas me plaindre, je vomis pas. Cette semaine, je te dis, ça va, je vomis pas trop.

Par contre, on a décidé de l’annoncer à mes parents pour Noël parce que la semaine familiale sans rien manger, c’est mission impossible. (Déjà que sourire à ma soeur, hier soir, en disant mais nooonnn, c’est juste le bruit de la douche, quand elle me dit: ca va? T’as vomis non? c’est tendu du slip)Et là, je me demande si je vais pas faire un tour aux urgences pour avoir une écho sous un prétexte bidon. J’ai honte, franchement, et j’espère arriver à me contrôler. Mais je vais quand même pas me refaire une ordonnance pour une écho, pour quel motif, je suis stressée ?

Allez, 8SA + 1, haut les coeurs !

Voyage surprise

Le week-end dernier, c’était donc voyage surprise avec des copains. Le principe est simple: on paye, on doit être dispo du vendredi soir au mardi soir, et on ne sait pas où l’on part avant d’être à l’aéroport. 2 copains organisateurs, et 19 autres copains. En route !

(Si je re-situe ce week-end par rapport à mon cycle.
Vendredi, j’en suis donc à J56 ou 57, j’ai fais un test de grossesse négatif il y a 15 jours. J’ai donc fait une courbe de température, qui montrait un beau plateau, mais qui chutait jeudi, j’attendais mes règles samedi ou dimanche. Ca tombe bien, j’ai rendez-vous pour mon bilan hormonal et écho mercredi, puis puis l’hystéro la semaine suivante.
J’avais demandé à l’Amoureux d’acheter un test de grossesse avant de partir, car si ces connasses de ragnoutes n’arrivaient pas dimanche, j’allais faire ce test, comme ça elle débarquerait lundi et j’allais pas être obligée de décaler tous mes rendez-vous)

Donc fête vendredi soir, décollage samedi matin pour le Portugal. C’est chouette, il fait beau, les mojitos sont délicieux et pas chers. Fête samedi soir, fête dimanche soir. Je check ma culotte genre 10 fois par jour, mais toujours RIEN!

Alors lundi matin, je sors ce test de grossesse, le cache pour aller discrètement aux toilettes (dans un appartement avec 21 personnes, dont 8 qui dorment dans le salon, difficile de passer inaperçue mais bon). Je pisse sur le bâton, je referme, je le cache, je sors des toilettes et je vais rejoindre l’Amoureux dans notre chambre.

J’allume la lampe de chevet, je pose le test, je le réveille et l’embrasse.
Je regarde le test. Il y a 2 barres.
Je l’attrape, oui, il y a bien 2 barres. Le premier test positif de ma vie.

L’Amoureux comprend rien, moi non plus. On se regarde, on dit rien. Je pleure même pas, je n’y crois pas.
Ah si, il dit « je suis encore ensommeillé, j’étais pas prêt, on se rendort 5 min et on refait la scène »
5 minutes plus tard, on y croit toujours pas.

Journée pluvieuse, j’essaye de réaliser. L’Amoureux boit discrètement mes verres de Porto. Sous la pluie, alors qu’on a 3 minutes que tous les deux, il me dit, ça serait chouette que ce soit vrai.

Le lendemain matin, à l’aéroport, je rachète un test, qui vire positif en 30 secondes dans les toilettes de l’embarquement.

Mercredi, les résultats du labo affichent 880 UI.

Bon, j’ai zéro signes de grossesse. Je me sens pas vraiment enceinte, je flippe de la fausse couche. L’Amoureux aussi (en même temps, ma BS en a fait 4, dont une il y a quelques mois, donc forcément, il sait que rien n’est gagné).
Je me suis prescrite une écho, rendez-vous le 5 décembre.

En attendant, je croise.

(Je ne me sens surtout très conne. J’ai souvent reculé le moment d’ouvrir un blog, en me disant, et si t’es enceinte juste après avoir commencé à écrire ? Bon, bah, Bingo quoi.
Je ne me sens pas très légitime ici, du coup, et je ne sais pas trop si je vais continuer à écrire…)

Bref, je ne suis toujours pas enceinte

Fin 2012, j’ai demandé à l’Amoureux quand il aurait envie qu’on commence à fabriquer notre famille nombreuse. Il m’a dit, pas tout de suite, mais dans pas trop longtemps.

En mai 2013, il a dit que j’avais qu’à finir mes boites d’anneaux et puis qu’on verrait après. Il m’en restait un, j’ai donc arrêté ma contraception le 7 juillet 2013, c’était une chouette date, on faisait la méga fête dans notre nouveau jardin avec tous pleins de copains, j’allais donc pouvoir boire tous les cocktails que je voulais l’esprit tranquille, et après… advienne que pourra.

J’ai travaillé, on est parti en vacances à Prague, on est rentré en France, on est reparti en vacances, ma PetiteSoeur s’est mariée.

J’étais pas enceinte.

C. (une de mes meilleures copines) s’est mariée. Dans sa robe blanche, elle m’a dit qu’elle avait tout juste arrêté sa pilule. Chouette, on va être enceinte ensemble !

J’ai retravaillé, ma co-interne enceinte de 3 mois (tout juste rentrée de 3 semaines en Afrique) s’est mis en arrêt maladie. Mon autre co-interne était en vacances. J’ai du assuré toute seule le boulot pour 3 pendant 15 jours. Ma co-interne est revenue de vacances, l’autre a prolongé son arrêt (sans l’envoyer à la direction des affaires médicales, comme ça elle était payé normalement). Ma co-interne commençait son parcours PMA, on a continué à bosser. L’autre a re-re prolonger son arrêt (parce que tu comprends, elle pouvait venir travailler mais elle pouvait pas faire de trajet en voiture !), et j’ai commencé à détester certaines femmes enceinte.

J’étais toujours pas enceinte, C. non plus. On comptait nos cycles successifs, on dédramatisait ensemble. Ca ne faisait que 3 mois.

J’ai changé de stage, j’ai pris toutes mes gardes au début, pour pas embêter les autres « si jamais j’étais enceinte après ».

J’ai eu mes règles comme cadeau de Noël en avance, C. aussi, la vie continuait.

J’ai commencé à lire les blogs des PMEttes, de loin, de temps en temps.

Février 2014, j’ai reçu un texto, B HCG à 17 000, l’aventure commence pour nous. C. était enceinte, je n’ai pas pleuré.

J’ai vu une gynéco pour mon frottis, elle m’a dit 7 mois, c’est pas très long, continuez à prendre votre acide folique.

On est parti en week-end ski, C. m’a demandé si je voulais qu’elle me parle de sa grossesse ou pas. J’étais contente pour elle, vraiment, j’ai dis oui, bien sûr. Et puis après tout, c’est pas encore trop tard pour être enceinte ensemble.

J’ai commencé les tests d’ovulations, qui sont restés désespérément négatifs, et mars est arrivé.

J’ai eu ma PetiteSoeur au téléphone, elle m’a dit qu’elle était enceinte. J’ai raccroché, je suis allée voir l’Amoureux dans le jardin et j’ai pleuré comme une madeleine en disant que c’était dégueulasse.

J’en ai voulu à ma soeur, beaucoup. D’être enceinte avoir d’avoir fini ces études, et surtout, de ne pas m’avoir préparer un peu à l’avance à cette grossesse. (Bon, en utilisant une méthode naturelle de contraception, forcément, j’aurais du me dire que ça allait pas traîner cette histoire là. T’es naîve ma pauvre fille!)

J’avais un stage génial mais j’en pouvais plus de bosser de nuit, et surtout aux urgences. J’ai dit, Stop, je fais une pause.

En mai 2014, j’arrêtais l’hôpital, j’arrêtais les horaires décalés, je me suis dit: c’est bien, ça va faire du bien à mon corps (et mes ovaires). Les tests d’ovulation étaient toujours négatifs, les tests de grossesse aussi. J’ai dit je vais bosser ma thèse, ça va m’occuper.

J’ai remplacé dans un cabinet à TrouPaumé, c’était génial, je me suis épanouie. J’ai trouvé ma date de thèse, ça avançait mais j’étais toujours pas enceinte. J’ai mis les blogs des PMEttes dans mes favoris, ça me faisait du bien.

Ma mère commençait à me poser des questions, je lui ai dit que je voulais pas aller en PMA, elle m’a dit faire des examens ça n’engage à rien. Elle en a parlé à mes soeurs, je me suis énervée, elle a arrêté.

J’ai pris de l’huile d’onagre, du MACA, je suis allée chez l’ostéo, on est re-re-re-re partis en vacances, je n’étais toujours pas enceinte.

En juin 2014, on a fait notre méga-fête de PACS. C. et ma PetiteSoeur commençait à avoir des gros bidons, je n’ai pas pleuré. (d’ailleurs, pendant toute leurs grossesses, elles ont été parfaites vraiment (PetiteSoeur un peu moins, beaucoup mieux une fois que je lui ai demandé d’arrêté de m’envoyé son bébé en 3D ou des photos de body))

L’Amoureux a fait un spermogramme, il est arrivé par courrier 8 jours plus tard, il a regardé longtemps, il a dit ça à l’air normal; j’ai regardé, j’ai dis c’est à peu près normal. Je lui ai demandé s’il était rassuré, il m’a dit qu’il n’avait jamais été inquiet et qu’on allait y arriver.

J’ai continué ma thèse, j’ai continué à remplacer à différents endroits. J’ai vu des patients enceinte sous pilule, j’ai vu des grossesses longtemps désirées, j’ai vu une demande d’IVG alors qu’elle attendait sa grossesse depuis 2 ans mais que là elle était en train de se séparer du papa.

On est re-re-re-re-repartis en vacances, je n’étais toujours pas enceinte, mais j’avais pris rendez-vous chez la gynéco.

Je voulais pas reprendre l’hôpital en novembre, alors j’ai reprolongé de 6 mois ma disponibilité.

On est allé au mariage de MeilleurPoteCommun, sa femme aurait du être enceinte mais ne l’était plus. J’étais soulagée, une grossesse de moins à encaisser, et puis elle était enceinte en C1, merde hein !

J’ai continué ma thèse. On est re-re-re-re-re-re parti en vacances, loin, longtemps, sous le soleil. Pendant ce temps là C. et PetiteSoeur ont accouché, je me suis dit que moi aussi, j’aurais pu accouché, mais je n’étais toujours pas enceinte.

On est rentré, bronzés, j’étais au 42ème jour de mon cycle, j’ai fait un test, négatif, et j’ai même pas pleuré (enfin, pas beaucoup).

Octobre 2014, on est allée chez la gynéco, elle a dit, vous êtes jeunes, on s’inquiète pas avant 2 ans! Elle a vu que j’avais prescrit un spermogramme à l’Amoureux, elle a dit qu’il avait des spermatozoïdes de compét. Elle m’a fait tout pleins d’ordonnances, pour pleins d’examens: écho, bilan bio, hystérosalpingographie.

Elle m’a dit reprenez rendez-vous en décembre, on verra en fonction des examens.

Je n’avais toujours pas mes règles, j’ai commencé une courbe de température, pour pouvoir programmer ces p**** d’examens. J’ai vu que j’avais ovulé, j’ai pris mes rendez-vous.

J’ai attendu, j’ai palpé mes seins plusieurs fois par jour, j’ai vu que ma température redescendait.

Bref, je suis toujours pas enceinte… (et j’attends mon J1 de pied ferme, et il a intérêt à arriver samedi ou dimanche, sinon je suis bonne pour décaler mes rendez-vous!) mais maintenant j’ai un blog.

Le jour où j’ai compris que Dame Nature était une pute

Au printemps 2013, j’étais en stage en gynécologie-obstétrique dans un petit hôpital de campagne. Enfin, je m’occupais principalement des urgences, et surtout des urgences gynécologiques ou de début de grossesse. Ca a pas été facile au départ, on te catapulte dans une pièce (sans fenêtre en plus!), on te dit, « là c’est ta pièce, là t’as du matériel, là t’as l’appareil d’écho et puis là la liste des chefs si t’as besoin d’un avis. Bon, et les prises de sang, tu peux venir nous voir si vraiment t’y arrives pas! »

Bon, déjà, je te dis tout de suite, la gynécologie c’est pas ma spécialité (oui, moi, je suis spécialiste de tout et de rien en fait, bref, je suis généraliste). Mais j’aime bien ça, j’ai toujours trouvé ça intéressant, d’ailleurs j’ai même commencé un diplôme supplémentaire (que je n’ai pas fini, mais c’est pas le sujet)

Donc voilà, je suis responsable des urgences gynécologiques pendant 24 heures d’affilées, tous les 2 ou 3 jours.
J’ai appris à faire des échographies, j’ai re-appris à faire des prises de sang, j’ai appris à voir entre 10 et 20 femmes par jour, toutes différentes.

A ce moment là, je n’étais pas encore en essai, c’était pour bientôt, mais j’avais encore mon anneau bien au chaud, et j’y pensais pas trop.

Ce jour là, je prends ma garde à 8h30, et à 8h31 le portable sonne:

– j’ai une dame pour toi! me dit la sage-femme

– Oui mais là je suis au staff (le débrif des dernières 24h, et là ou tu récupéres ta liste de trucs à faire dans la journée (en plus des urgences hein, sinon c’est pas drôle)), c’est quoi le motif ?

– Métrorragies du 1er trimestre

– (bon, c’est le motif dans 1 cas sur 2, on va pas s’exciter non plus) bon ben j’arrive après !

20 minutes plus tard, elle me rappelle, le staff n’est (toujours) pas fini

– la dame, elle saigne beaucoup là, je peux l’installer dans ta salle et tu peux venir rapidement ?

– ok ok (merde, j’aurais pas le temps un petit café avec ma co-interne, c’est balot!)

Je débarque donc dans ma salle, et j’ai donc une femme allongée sur la table d’examen, en pleurs. Je sors donc un dossier (faut quand même que je remplisse un papier, sinon si le chef débarque et que ya rien, ça le fait pas) et là, elle me dit que c’est sa sixième grossesse, que ça fait 4 ans qu’elle et son mari essayent d’avoir un enfant.
Bon, je note pas grand chose dans le dossier en fait, elle pleure, elle veut savoir si son bébé a encore un coeur qui bat, je vais pas faire durer le suspens.

Je commence donc l’écho (endochattale, bien évidemment), je tombe sur le sac, je vois pas grand chose. Elle regarde l’écran, elle me dit, on voit rien là, et elle hurle et broie la main de son mari.
Moi, je continu mon truc quand même, c’est pas parce qu’elle saigne beaucoup que je dois tout faire à la va-vite.

Pendant qu’elle pleure, en fait je trouve un meilleur angle, en fait on voit bien l’embryon, et en fait YA UN COEUR QUI BAT.

Bon, c’est la merde mais ça va encore. J’appelle mon chef, on checke, elle pleure moins, on l’hospitalise, on verra la suite plus tard.

J’ouvre la porte, 3 femmes en salle d’attente, la journée commence BI-EN.

Consultations plus ou moins urgentes, plus ou moins porteuses de bonnes nouvelles mais CA-VA-JE-GERE.

19h, ça se calme, c’est ma dernière patiente de la journée (mais yen aura d’autres la nuit hein, sinon c’est pas drôle).
41 ans, elle m’explique qu’elle est venue il y a un peu plus de 2 mois pour une IVG, qu’elle a pris ses médicaments et qu’elle a beaucoup beaucoup saigné. Bon, puis elle est pas allée à sa consultation de contrôle au planning, à cause d’un problème familial. Mais là, elle est toujours crevée, alors elle est venu aux urgences il y a 48 heures, une interne lui a fait une écho, elle voyait pas grand chose mais c’était bizarre, alors le chef devait contrôler, mais elle, elle était pressée, donc elle est partie. Puis elle a revu son médecin traitant, qui lui a prescrit une prise de sang, et les B HCG sont à 12 000, alors elle est emmerdée.

Moi aussi, je suis emmerdée, c’est quoi ce bordel, des B HCG aussi elevé alors qu’elle a fait une IVG ?

Hop que je remplisse le dossier (BIEN cette fois, on a plus le temps, la dame elle ne pleure pas), hop qu’elle s’installe, que je l’examine et qu’on passe à l’écho. Echo endochattale, évidemment. Bon, là, je vois pas grand chose non plus, ah si, un truc qui bouge, et qui disparaît.
Aller, on passe en abdominale (youhou), et là, paf la sonde, paf le bébé. A ce stade là, pas de doute, c’est plus un embryon. Moi depuis 1 mois, je m’occupe des urgences gynéco et obstétrique avant 24 SA, bon ben là, c’est un des plus gros fœtus que j’ai vu en écho.

Je suis un peu emmerdée, mais bon, après tout, c’est pas ma faute si la dame n’est pas allé à son rendez-vous de contrôle. Je lui explique donc, qu’elle est encore enceinte mais que là, l’IVG c’est plus possible.

J’men doutais de toute façon, j’ai déjà appelé en Hollande, c’est possible jusqu’à 22 semaines, je pars dans 48h !

Bon, bon, bon.

Voilà, le lendemain matin, je suis rentrée chez moi, et j’ai dis à l’Amoureux, « tu sais, la vie c’est vraiment une pute parfois ».
J’étais loin de penser qu’un an et demi après, je dirais encore la même chose.

(En épilogue, je n’ai jamais revu ma dernière patiente de la journée, mais j’ai revu la première, qui est restée hospitalisée plusieurs jours à l’hôpital de petite campagne. Elle avait arrêté de saigner, on avait discuté un peu, elle m’avait dit « merci de m’expliquer, merci de prendre le temps avec nous. J’espère que vous serez là si j’accouche dans 7 mois ».
J’ai changé de service, j’ai changé d’hôpital, je ne l’ai jamais revue, mais je pense souvent à elle)